ESSOYES
(Grand Est)

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Cette bourgade viticole de la Côte des Bar est terra incognita pour la majorité des historiens de l’art. C’est pourtant là qu’Auguste Renoir a pris ses quartiers d’été durant trente années et renouvelé sa peinture après sa rupture avec l’impressionnisme.

C’est son modèle et future épouse Aline Charigot qui l’attire dans son village natal d’Essoyes à la fin des années 1880.

La cinquantaine approchant, l’ancien décorateur sur porcelaine, qui a renoncé aux expérimentations de l’avant-garde dans l’espoir de connaître enfin le succès, y explore un style plus « srieux », sous influence raphaélite. À son amie et collègue Berthe Morisot, Renoir écrit qu’il «paysanne en Champagne », loin des modèles coûteux de la capitale : « Je fais des blanchisseuses ou plutôt des laveuses au bord de la rivière.»

Le village devient dès lors le rendez-vous estival des Renoir, où s’ébattent les fils du couple, Pierre, futur acteur, et Jean, qui deviendra un réalisateur de génie. En 1896, leur père, dont le talent est depuis quelques années enfin reconnu par la critique, finit par y acheter une maison, devenant ainsi propriétaire pour la première fois de sa vie. La vente de l’une des versions des Jeunes Filles au piano lui suffit pour acquérir une demeure de vigneron, nichée dans un charmant jardin au fond duquel il fait construire un atelier.

Excepté les rares visites de son collègue Camille Pissarro ou des grands marchands d’art Paul Durand-Ruel et Ambroise Vollard, Renoir n’a pas de vie mondaine à Essoyes. Ne regrettant nullement les « cols raides » de Paris, il s’épanouit dans la quiétude et la simplicité champenoises, s’installant avec son chevalet sur les bords de l’Ource. Une harmonie que ternit toutefois en 1897 une chute à bicyclette sur un sentier des environs : le peintre se fracture le bras droit, blessure qui va accélérer la dégradation de sa santé. Atteint de graves rhumatismes, Renoir ne peut bientôt plus marcher et doit pour peindre faire attacher son pinceau à sa main déformée.

S’il s’installe à la fin de sa vie à Cagnes-sur-Mer, dans l’espoir que le climat méditerranéen atténue ses souffrances, Auguste Renoir n’oubliera pas Essoyes. Dans ses derniers écrits, il demande à y être enterré sous une pierre tombale très fine, pour pouvoir la soulever si l’envie lui prenait d’aller se promener. À quelques minutes à pied du cimetière communal où il repose aux côtés d’Aline et de ses enfants, l’ancienne maison des Renoir est ouverte à la visite. Comme trop souvent, le crépi clinquant de sa restauration lui donne un air de faux. Mais le poignant fauteuil roulant en rotin d’inspiration Chesterfield qui lévite au centre de l’atelier, le ravissant jardin et les reconstitutions de l’art de vivre 1900 offrent de belles perspectives. Au cœur du village, le centre culturel « Du côté des Renoir », aménagé au sein des anciennes écuries du château Hériot, abrite une exposition permanente sur la vie du peintre et de sa famille, ainsi qu’une boutique de souvenirs où s’arrache le parapluie Renoir. Juste en face, le magasin de la maison de Champagne Charles Collin propose la cuvée «La Belle Gabrielle » : le nectar porte le nom d’un des modèles favoris du peintre, la nourrice adorée du petit Jean, native d’Essoyes, qui figure sur près d’une centaine des toiles peintes en Champagne par Auguste Renoir.

Maison et atelier d’Auguste Renoir, 7, rue de l’Extra, 10360 Essoyes Cimetière, place de la Mairie, 10360 Essoyes
Centre culturel « Du côté des Renoir », 9, place de la Mairie,
10360 Essoyes

Boutique « La Belle Gabrielle », 7, place de la Mairie, 10360 Essoyes