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GRAND-CHAMP

(Bretagne)

Le lien entre Karl Lagerfeld et la Bretagne ne relève pas de l’évidence. Le couturier allemand a pourtant possédé durant une vingtaine d’années une résidence secondaire dans cette accueillante paroisse fleurie du Morbihan. Vu ses habitudes vestimentaires et son goût pour le noir, il ne lui manquait qu’un chapeau rond pour passer inaperçu lors de funérailles bigoudènes. 

Dans les années 1970, Karl Lagerfeld doubla Hubert de Givenchy qui voulait également acquérir le château de Penhoët. Le grand Karl préféra au nom de Penhoët – signifiant « tête de bois » ou « simplet » en breton – celui de « Grand-Champ », du nom du village voisin, pour sa proximité avec son propre nom d’origine suédoise, signifiant « champ de laurier ». Le couturier y retrouva un peu de son enfance passée dans le manoir de Bad Bramstedt au nord de Hambourg, et en fit, en compagnie de sa mère qui y résidait souvent, un petit Versailles bretonnant. Chaque fin de semaine, Karl quittait Paris pour regagner son château où il pouvait dessiner en paix, écoutant à plein volume, fenêtres ouvertes, le Chevalier à la rose de Richard Strauss. 

Preuve de son adaptation à la vie locale, l’homme au catogan envoyait sa mère chez le coiffeur du village, circulait en taxi du cru et distribuait dans diverses manifestations des échantillons de parfums Chloé, la marque pour laquelle il travaillait avant d’être embauché par Chanel. Il a même participé à l’inauguration de l’abattoir de canards. Parmi les invités réguliers du domaine, il y avait son compagnon, le sulfureux Jacques de Bascher, ou l’excentrique rédactrice de mode Anna Piaggi. Mais le grand fait d’armes de « Kaiser Karl » est d’y avoir reçu la reine mère d’Angleterre Elizabeth Bowes-Lyon à l’été 1990. Ce jour de juin, la population du petit bourg morbihannais crut à un mirage en voyant une colonne de Rolls-Royce emprunter 

la rue principale. Pour l’arrivée de la mère d’Elizabeth II, le créateur avait commandé des pyramides de fleurs et ouvert les grandes eaux du parc. Queen Mum, en tenue pervenche, s’exclama : « Mais c’est Marly ! C’est Versailles ! » Un somptueux déjeuner fut donné dans les jardins, servi par le traiteur parisien Fauchon, et arrosé d’un muscadet provenant du vignoble nantais de la propriété familiale de Jacques de Bascher. 

À la fin des années 1990, Karl Lagerfeld fut contraint de vendre son château pour éponger la dette d’un vertigineux redressement fiscal. À la disparition du styliste, en 2019, la municipalité a donné un accord de principe pour qu’une rue de la commune porte son nom. Reste encore à choisir une percée digne du Kaiser de la mode. 

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Salon de coiffure La Fabrik du cheveu, 

1, rue du Général-de-Gaulle, 56390 Grand-Champ