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ORVILLIERS

(Île-de-France)

Pays de labour, cette localité champêtre du pays houdanais a accueilli deux hommes taillés pour les grands espaces, deux « natures » comme on dit : un président de la République française, Georges Pompidou, et un réalisateur américain qui fit entrer le cinéma dans un nouvel âge, Orson Welles

Né en 1915 dans une famille aisée du Wisconsin, Welles met en scène du Shakespeare à 7 ans, joue les premiers rôles dans un grand théâtre de Dublin à 16 ans, devient une vedette de la radio américaine à 23 ans et bouleverse les codes de la réalisation cinématographique en tournant Citizen Kane à 25 ans. Les difficultés commencent alors pour le jeune prodige : du fait de son intransigeance artistique, le reste de sa vie sera marqué par les conflits avec les producteurs, les difficultés financières et d’incessants voyages entre l’Europe et les États-Unis au gré de projets de films souvent chaotiques. 

Au début des années 1960, Welles quitte Rome pour la France afin de fuir les paparazzis électrisés par son histoire d’amour avec la jeune actrice croate Oja Kodar. Le couple rejoint la quiétude d’Orvilliers, où il s’installe dans une maison entourée d’un grand parc. Le cinéaste ambitionne de faire de ce domaine un petit Hollywood-en-Yvelines, mais ce sera surtout le temple de ses projets inachevés pour le cinéma et la télévision, tels Orson Welles’ Magic Show, Orson’s Bag ou une adaptation de Moby Dick qu’il tourne dans son jardin devant un fond bleu censé figurer la mer. Sans oublier The Other Side of the Wind, son chef-d’oeuvre maudit, avec Oja Kodar et John Huston. L’exubérant génie filme des routes de campagne alentour avant de projeter ces images sur de grands écrans en bois installés dans son parc pour servir de décor aux acteurs. Tourné entre 1970 et 1976, à Orvilliers mais aussi à Phoenix et Beverly Hills, ce film, que Welles avait abandonné avant sa mort en 1985, n’a été achevé que quarante ans plus tard suivant les indications du maître défunt ; il est sorti sur Netflix en 2018. 

Située en face du 10 route Blanche, la maison de Welles, jusqu’il y a peu en piteux état, vient d’être rachetée. Autour de la vieille masure, une pimpante cité pavillonnaire a poussé dans le grand parc du cinéaste maudit. Baptisées Orson-Welles et Citizen-Kane, les rues qui desservent la cinquantaine de résidences ont des airs lunaires. 

Dans les années 1960, la Coccinelle Volkswagen de Welles a sans nul doute croisé dans les rues d’Orvilliers le coupé Porsche des époux Pompidou. Ces derniers y avaient acquis un ancien relais de poste baptisé « La Maison blanche » en 1954, du temps où Georges travaillait à la banque Rothschild. Quand, en 1962, il est nommé Premier ministre du général de Gaulle, cette résidence secondaire devient le refuge du couple durant le week-end. Les Pompidou y jouent au billard dans le grand salon et, l’été, au croquet dans le jardin. Mondains, ils reçoivent de nombreux amis devant lesquels Georges, agrégé de lettres, récite des poèmes, tandis que son épouse disserte sur l’art contemporain. Mais un macabre scénario a bien failli mettre brutalement fin à ces réjouissances. Le 2 septembre 1963, des membres de l’OAS, défenseurs de l’Algérie française, attendent le Premier ministre à la sortie de la messe avec l’intention d’arroser le parvis de l’église Saint-Martin au pistolet mitrailleur MAT 49 ; pour une fois, Georges Pompidou s’est rendu à la chasse ce dimanche-là. Si les malfaiteurs, bien décidés à revenir le week-end suivant, n’avaient pas été interpellés pour une tout autre affaire quelques jours plus tard, le nom d’Orvilliers résonnerait bien différemment aujourd’hui. Élu président de la République six ans plus tard, Georges Pompidou continua au cours de son mandat de passer de nombreux week-ends dans sa résidence des Yvelines, jusqu’à sa mort d’un cancer en 1974. Impeccablement entretenue, La Maison blanche, située rue du Vieux-Lavoir, est restée dans la famille Pompidou. 

Georges et Claude Pompidou ont été inhumés au cimetière communal. Mais n’y cherchez pas la tombe d’Orson Welles: conformément à ses dernières volontés, les cendres du génial réalisateur ont été dispersées en Andalousie sur la propriété d’un ami torero. 

Église Saint-Martin, 1, rue Croix-Sainte-Anne, 78910 Orvilliers 

Cimetière, 9, rue de Civry, 78910 Orvilliers