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VARENGEVILLE-SUR-MER
(Normandie)

Avec ses falaises de craie blanche, cette adorable localité avait déjà aimanté des peintres comme Turner, Whistler, Renoir ou Monet. Georges Braque, l’inventeur du cubisme avec Picasso, y a élu domicile vers 1930 avant de choisir pour dernière demeure son cimetière, le plus envoûtant du littoral français. 

Premier peintre vivant à exposer au musée du Louvre, Braque décide de poser ses valises dans cette valleuse alors qu’il approche de la cinquantaine. C’est l’architecte américain Paul Nelson qui lui a fait découvrir le village. Il va lui dessiner les plans d’une maison rectiligne de briques et de ciment, au toit de tuiles, que le peintre voulait simple et épurée. Un dépouillement qui contraste avec la Bentley grise et noire du peintre, conduite par un chauffeur en livrée, bientôt remplacée par une Simca Grand Sport cabriolet ou encore une Alfa Romeo rouge. Dans l’éclatant sillage de Braque, le sculpteur américain Calder passe l’été 1937 à Varengeville afin de travailler sur la Fontaine de Mercure, l’oeuvre présentée à l’automne au pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris, où elle trônera en compagnie du Guernica de Picasso. Dans l’étrange atmosphère de la drôle de guerre, au début de l’année 1940, ce pôle magnétique normand attire encore au bord de son précipice d’albâtre Joan Miró. Loin de Paris, le peintre catalan peut enfin se ressourcer pour créer ses premières Constellations, tableaux les plus emblématiques de son oeuvre. L’air de Varengeville, lieu de fraternité, sera un combustible pour la créativité de Braque. Il dessine son salon, les déclinaisons d’une chaise de jardin ou les foucades de la mer. Durant sa période finale et symphonique, à partir des années 1950, Braque mêle de la terre et de la boue à ses pigments. La Sarcleuse sera sa dernière peinture. Le cubiste repose depuis sa mort en 1963 sous un rectangle de granit dans l’émouvant cimetière marin perché sur la falaise. Au pied de la petite église dont il a signé les vitraux, sur sa sépulture qui abrite aussi son épouse Marcelle, un grand oiseau blanc en mosaïque regarde vers l’océan. 

Depuis la mort du peintre, sa propriété située sur la droite au bout du chemin Braque est abandonnée aux herbes folles. À côté de la demeure principale, on discerne encore la verrière de son atelier. Autre bonne adresse du passé : à trois kilomètres de là, toujours à Varengeville, on peut visiter le sublime manoir d’Ango où séjournèrent Louis Aragon et André Breton le temps d’un été, en 1927. Sous le miraculeux ciel normand, le pape du surréalisme y coucha la conclusion de son roman Nadja : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. » 

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Cimetière marin, route de l’Église, 76119 Varengeville-sur-Mer 

Manoir d’Ango, route de la Cayenne, 76119 Varengeville-sur-Mer